Dehors,les vieux!
La filière gériâtrique est malmenée dans les hôpitaux
par Christophe Trivalle, gériatre, hôpital Paul-Brousse (Villejuif).
Auteur de "Vieux et malades, la double peine", L'Harmattan.
Ce titre reflète bien la politique actuelle à l'égard des personnes âgées malades et dépendantes. Aujourd'hui, l'économie domine tout, y compris la médecine et le
médico-social. Car, où est-il le plus facile de récupérer de l'argent si ce n'est en s'attaquant aux plus fragiles et aux plus démunis ? Alors que les effets d'annonce succèdent aux effets
d'annonce, les plans Alzheimer aux plans Alzheimer et les plans "grand âge" aux plans "grand âge", sur le terrain, rien ne bouge. Ou si peu. En général, une ou deux "vitrines" que l'on met en
avant à chaque nouvelle annonce.
Voici quelques exemples parmi d'autres de ce rejet des vieux. Le dernier en date : pour faire suite à la loi "Hôpital, patients, santé et territoires" (HPST), -l'-APHP a décidé de regrouper ses hôpitaux dans le but de faire des économies en fermant si possible des services. Ainsi, dans le nouveau groupe Béclère-Bicêtre-Paul-Brousse, la première décision, dont l'objectif est de récupérer 1 à 2 millions d'euros, est de fermer/transférer le service de gériatrie de Bicêtre. Alors que c'est le seul bâtiment vraiment conçu pour les malades âgés de ce groupe. Bicêtre a donc décidé de jeter ses vieux pour faire des économies.
Dans ce même groupe, l'hôpital Paul-Brousse a déjà fermé 100 lits de soins de longue durée (SLD), doit encore en fermer 18 en 2010 et en transformer 60 en lits d'unité d'hébergement pour personnes âgées désorientées (UHPAD, équivalent de maison de retraite). Pour l'instant, les lits ferment et il n'y a pas de créations à côté, ou très peu, ce qui entraîne un blocage de la filière gériatrique.
Les malades restent plusieurs mois en soins (moyen séjour) avant de trouver une place en long séjour ou en maison de retraite (EHPAD). Le moyen séjour étant bloqué, il ne peut pas accueillir les malades du court séjour qui, lui-même, ne peut pas prendre les malades des urgences. Au final, faute de places, les urgences renvoient à domicile des malades âgés qui devraient être hospitalisés. Encore une fois, on rejette les vieux.
Pour pouvoir ouvrir les lits d'établissements de suite et de réadaptation (SSR) gériatrique de l'hôpital Rothschild, l'APHP a prévu de fermer 37 lits à Georges-Clemenceau, 67 lits à Joffre-Dupuytren, 115 lits à Charles-Foix et 10 lits à Paul-Doumer. On déshabille Paul pour habiller Pierre, comme si les vieux de banlieue valaient moins que ceux de Paris intra-muros.
Toujours sur le moyen séjour, ce secteur va bénéficier en 2012 de la tarification à l'activité (T2A) qui a déjà mis en déficit les trois quarts des hôpitaux (486 millions d'euros de déficit pour les hôpitaux publics en 2007). On sait déjà que sa mise en route va entraîner un déficit important par rapport aux budgets actuels et que le seul moyen de rentabiliser les lits sera de faire sortir le plus rapidement possible (moins de 40 jours) les malades. Or, les patients âgés atteints de la maladie d'Alzheimer ont des durées de séjour allant de six à neuf mois. Dehors, les déments !
Et lorsqu'on regarde ce qui coûte cher, c'est le personnel. Il faut donc réduire le personnel partout où c'est possible. Ainsi, le plan Alzheimer prévoit des unités cognitivo-comportementales (UCC) pour les malades ayant des troubles du comportement (agitation, agressivité, déambulation, fugues) avec un tout petit peu plus de personnel. Mais, dans la plupart des cas, il va s'agir de redéploiement, les soignants devant être pris ailleurs. Au final, ces unités ne pourront pas remplir leur tâche et refuseront les malades les plus lourds. Dehors, les agités !
En 2006, le plan Solidarité grand âge prévoyait des ratios d'un soignant pour un résident en institution. On en est revenu à des ratios de 0,6 en EHPAD et de 0,8 en SLD. Les gériatres, dans l'objectif de trouver les besoins nécessaires à une prise en charge correcte des malades âgés, ont même inventé des échelles d'évaluation. Pour la dépendance, il s'agit de la grille Aggir (Autonomie gérontologique, groupes iso-ressources) et pour les soins, de la grille Pathos. Cette dernière échelle devait permettre de quantifier objectivement les besoins et de mettre en place les moyens humains et financiers réellement nécessaires.
Or dès sa conception, cette grille a été faite pour sous-évaluer les besoins (ainsi, les patients atteints de la maladie d'Alzheimer ou en fin de vie sont considérés comme ne nécessitant aucun soin technique), et elle a été utilisée d'emblée par le ministère pour enlever encore plus de moyens aux résidents âgés. En effet, en 2006, la première coupe Pathos a été faite pour montrer qu'au moins 30 % des malades âgés en long séjour n'avaient rien à y faire et qu'ils devraient être placés dans une structure avec encore moins de soignants (mais en payant toujours le même prix : au minimum 2 000 euros par mois). Dehors, les résidents !
Lorsque la grille Pathos a été utilisée en maison de retraite en 2007, elle a d'abord amené à un renforcement des moyens. Mais aujourd'hui, il faut faire des économies et les nouvelles coupes Pathos sont revues à la baisse pour les établissements les mieux dotés (cf. la pétition "Personnes âgées : la coupe réglée ?"). Le fait d'avoir des soignants en nombre serait de "l'acharnement malsain" ! Encore un moyen de se débarrasser des résidents les plus fragiles.
Toujours en institution, le projet de réintégration des médicaments dans le budget global, avec pour objectif affiché de réduire la iatrogénie. En réalité, il s'agit purement et simplement de restreindre l'accès aux médicaments pour les malades âgés en institution, toujours dans le but de faire des économies. C'est facile car c'est un "marché captif". Pas de traitement pour les vieux.
On pourrait trouver d'autres exemples. Dès lors, comment s'occuper du quatrième âge, sans structures, sans personnels et sans financements ? Comment assurer une prise en charge digne à nos aînés dans un pays qui rejette ses vieux ?
Source : lemonde.fr (23/04/10)
L ’agence régionale de santé (ARS), une superadministration à la tête de l’hôpital public ? C’est la question qui peut se poser. Dès le 1er avril, les ARS remplaceront les agences régionales d’hospitalisation (ARH) dans les 26 régions. Ces nouvelles entités prennent sous leur coupe, entre autre, les missions régionales de santé publique et remplacent les unions régionales de caisse d’assurance maladie, les directions régionales des affaires sanitaires et sociales (DRASS) et les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (DDASS). Au final, les ARS décident des orientations de l’hôpital public : distribution du budget, nomination du directeur… Une centralisation du pouvoir décisionnel partie prenante de la loi hôpital, patient, santé, territoires (HPST), portée par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé.
Pour le professeur Grimaldi, président du Mouvement de défense de l’hôpital public (MDHP), « l’ARS est là pour réduire les dépenses de santé publique en renforçant le partenariat hospitalier public-privé. C’est aussi une instance politisée. Son dirigeant est un “ superpréfet ” de la santé nommé en Conseil des ministres ». En Île-de-France, c’est Claude Évin, ancien ministre socialiste de la Santé, qui en prend les rênes. Une arrivée médiatique, avec en toile de fond les récentes grèves à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Sous la pression syndicale, le directeur général de l’AP-HP avait accepté d’entamer des pourparlers sur le plan qui prévoyait de supprimer 4 000 postes et de regrouper 37 hôpitaux sur 12 sites. Pour Rose-May Rousseau, secrétaire générale de l’USAP-CGT, « l’ARS est la colonne vertébrale de la loi HPST, elle pourrait remettre en cause les négociations ». À peine installée, l’ARS est décriée par les acteurs de santé.
Cécile Rousseau Source L'humanité
Hôpital. Les grévistes appellent à un rassemblement
9 avril 2010 Le Télégramme
Les salariés de l'hôpital de Port-Louis-Riantec et leurs représentants syndicaux CGT et CFDT enconflit avec la direction depuis 17
semaines, se sont rassemblés, hier après-midi, au rond-point stratégique du Lidl. Lemouvement avait reçu le soutien de salariés du centre hospitalier de Bretagne sud (CHBS) de Lorient, de
l'hôpital Charcot, des agents territoriaux de la ville d'Hennebont, des «Chômeurs Rebelles» de la CGT et des retraités ainsi que des représentants des familles.
Le 1er mai à Riantec
Ils ont distribué des tracts appelant la population à un rassemblement qui se tiendra le1ermai à 18h30, sur le site de l'hôpital de Riantec. Outre la demande initiale de ne pas toucher aux RTT,
les grévistes exigentla titularisation des agents contractuels ayant au moins deux ans d'ancienneté au sein de l'établissement, la transformation des contrats type(contrat d'avenir) en véritables
contrats de travail, l'arrêt immédiat des suppressions de postes et suppression d'horaires. «La plus grande maltraitance est la «maltraitance institutionnelle» due au manque de moyens alloués par
l'État et les conseils généraux avec une part de plus en plus importante laissée à la charge des résidents et des familles (5 à 6% d'augmentation par an)», soulignent-ils.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
POUR TOUT LE PERSONNEL
Le Lundi 12 Avril 2010
A partir de 15h
Rendez vous dans le hall site de Riantec
vendredi 09 avril 2010
À l'appel des syndicats CGT-CFDT, un rassemblement, regroupant une soixantaine de personnels hospitaliers, a eu lieu, jeudi après-midi, devant l'hôpital de Riantec pour dénoncer la « dégradation des conditions de travail et les problèmes d'effectifs ». S'étaient joints des personnels des hôpitaux Charcot et d'Hennebont, venus les soutenir.
Les manifestants demandent la titularisation de tous les agents contractuels ayant 2 ans d'ancienneté, la transformation des contrats CAE (contrat d'accompagnement à l'emploi) et CA (contrats d'avenir) en véritables contrats de travail, l'arrêt de la suppression de postes ou d'horaires, et la conservation du nombre de RTT prévu dans l'accord initial. L'hôpital emploierait ainsi, selon le délégué CGT, 77 agents en emploi précaire sur 200.
Un cortège s'est ensuite constitué pour aller distribuer des tracts sur le rond-point de Kersabiec, provoquant ainsi un embouteillage inhabituel de plus d'un kilomètre, diversement apprécié par les conducteurs. « Certains refusent d'ouvrir la fenêtre, mais en général, cela se passe bien », confiait l'une des manifestantes.
Contactée le matin, la Direction de l'hôpital Port-Louis-Riantec n'a pas souhaité, pour l'instant, s'exprimer.
Source : Ouest France